La loi 49-16, entrée en vigueur le 11 février 2017, a remplacé le régime issu
du dahir de 1955. Elle encadre les baux des locaux à usage commercial,
industriel ou artisanal, et rééquilibre la relation entre bailleur et
locataire.
Trois apports comptent en pratique : le droit au renouvellement est
acquis après deux ans d’exploitation, le pas-de-porte est
enfin reconnu par la loi, et les délais de procédure sont
fixés : ce qui met fin à des situations qui pouvaient durer des
années.
Quels locaux sont concernés
La loi s’applique aux locaux loués pour un usage commercial, industriel ou
artisanal, dès lors qu’un fonds de commerce y est exploité. Elle ne couvre ni
les baux d’habitation, ni les baux professionnels au sens strict : un cabinet
libéral relève d’un autre régime.
Premier point à vérifier avant toute chose : le bail doit être
écrit. Un accord verbal prive le locataire des protections du statut,
et c’est le risque le plus courant chez les commerçants installés de longue
date.
Le droit au renouvellement : deux ans, ou immédiatement
Le droit au renouvellement s’acquiert après deux années
consécutives d’exploitation effective du fonds, en vertu d’un ou
plusieurs baux écrits successifs.
Mais cette condition de durée tombe si une somme a été versée au
titre du droit au bail : ce qu’on appelle couramment le pas-de-porte.
Dans ce cas le droit au renouvellement est acquis dès le versement, sans
attendre. C’est logique : celui qui a payé pour entrer a acheté sa position,
il n’a pas à la mériter par l’ancienneté.
Ce point est mal connu, et il change la situation d’un repreneur qui vient
de verser un droit au bail important. Nous le détaillons dans notre article sur
le droit au bail et le
pas-de-porte.
Demander le renouvellement : le silence vaut accord
La demande de renouvellement s’adresse au bailleur par acte extrajudiciaire.
Le bailleur dispose alors de trois mois pour répondre.
Son silence vaut acceptation. C’est une protection réelle :
l’inaction du propriétaire joue en faveur du locataire, là où l’ancien régime
laissait planer l’incertitude.
Le congé : des délais désormais fixés
Le bailleur qui veut mettre fin au bail doit délivrer un congé motivé. Le
délai de préavis dépend du motif invoqué.
| Motif du congé | Préavis |
|---|---|
| Non-paiement du loyer | 15 jours |
| Local menaçant ruine | 15 jours |
| Reprise pour usage personnel | 3 mois |
| Autres motifs sérieux | 3 mois |
Le congé doit mentionner que le locataire dispose de trente jours
pour saisir le tribunal s’il le conteste. Un congé qui omet cette
mention est fragile.
Côté bailleur, le droit de demander la validation du congé au tribunal se
prescrit par six mois à compter de l’expiration du délai de
congé. Passé ce terme, la procédure est perdue.
L’indemnité d’éviction
Le refus de renouvellement ouvre droit à une indemnité au profit du
locataire évincé. Elle correspond à la valeur marchande du fonds de commerce,
augmentée des frais de déménagement et de réinstallation.
La loi prévoit toutefois des cas où l’indemnité n’est pas due : notamment le
non-paiement du loyer, des transformations du local sans le consentement écrit
du bailleur, ou un changement d’activité du fonds. Sur ce dernier point, la
jurisprudence marocaine est stricte : une autorisation judiciaire ne remplace
pas le consentement écrit du bailleur pour un changement total d’activité.
Nous détaillons le calcul et les exceptions dans notre article sur
le renouvellement et
l’indemnité d’éviction.
Ce que ça change avant de signer
Quatre vérifications, dans l’ordre :
- Le bail est-il écrit ? Sans écrit, pas de statut.
- Un droit au bail est-il versé, et figure-t-il au contrat ?
Le montant payé constitue le plancher de l’indemnité qui vous sera due en cas
d’éviction. Sans trace écrite, cette garantie disparaît. - Quelle activité est autorisée ? En changer sans le
consentement écrit du bailleur vous prive de l’indemnité d’éviction. - Quelle est la durée restante ? Reprendre un bail dont il
reste dix-huit mois n’a pas la même valeur qu’un bail neuf.
Ces vérifications se font avant de verser quoi que ce soit. Elles pèsent
souvent plus lourd que la négociation du loyer lui-même, et nous en détaillons
les postes dans le coût réel
d’un local commercial.
Situer le loyer dans le marché
La loi encadre la relation, pas le prix. Pour savoir si le loyer proposé se
situe dans le marché de votre quartier, nous relevons en continu les niveaux
pratiqués à Casablanca : à Maârif la médiane s’établit à
140 MAD/m²/mois,
contre 173 MAD/m²/mois
à Anfa.
Le tableau des prix par
quartier permet de comparer avant d’engager une négociation.
Questions fréquentes
Au bout de combien de temps ai-je droit au renouvellement de mon bail commercial ?
Après deux années consécutives d’exploitation effective du fonds, en vertu d’un ou plusieurs baux écrits successifs. Cette condition de durée tombe si vous avez versé une somme au titre du droit au bail ou du pas-de-porte : le droit au renouvellement est alors acquis dès le versement, sans attendre deux ans.
Que se passe-t-il si le bailleur ne répond pas à ma demande de renouvellement ?
Le bailleur dispose de trois mois pour répondre à une demande de renouvellement adressée par acte extrajudiciaire. Passé ce délai, son silence vaut acceptation du renouvellement. C’est une protection importante pour le locataire : l’inaction du propriétaire joue en sa faveur.
Quel est le délai de préavis pour donner congé d’un bail commercial ?
Le délai dépend du motif. Il est de quinze jours en cas de non-paiement du loyer ou de local menaçant ruine, et de trois mois pour les autres motifs, comme la reprise pour usage personnel. Le congé doit indiquer que le locataire dispose de trente jours pour saisir le tribunal s’il le conteste.
Un bail commercial doit-il obligatoirement être écrit au Maroc ?
Oui. La loi 49-16 exige un bail écrit, et le droit au renouvellement s’apprécie au regard d’un ou plusieurs baux écrits successifs. Un accord verbal prive le locataire des protections du statut, ce qui est le premier risque à écarter avant de s’installer.
Cet article présente le cadre général de la loi 49-16. Chaque bail a ses particularités, et une clause peut écarter ce qui est décrit ici. Faites relire votre contrat par un juriste avant de vous engager ou d’entamer une procédure.
Les prix que nous relevons
140 MAD/m²/mois
Prix généralement observés 94 MAD/m²/mois à 187 MAD/m²/mois
Relevés à Casablanca, mis à jour en continu. Dernière mise à jour : octobre 2026.
●●●○○
À lire ensuite
15 jours de préavis en cas d'impayé
Juridique
Résilier un bail commercial au Maroc : qui, quand, comment
Locataire ou bailleur, sortir d'un bail commercial obéit à des délais et des motifs précis depuis la loi 49-16. Ce qu'il faut respecter pour ne pas perdre ses droits.
3 mois de silence valent acceptation
Juridique
Renouvellement et indemnité d’éviction : vos droits
Le bailleur peut refuser de renouveler votre bail, mais il le paie. Sauf dans les cas prévus par la loi 49-16, qu'il faut connaître avant de s'y exposer.
1er poste de dépense dans une reprise
Juridique
Droit au bail et pas-de-porte au Maroc : ce que vous achetez
Le pas-de-porte est le poste le plus lourd d'une reprise, et le plus mal compris. Ce qu'il paie réellement, ce que la loi 49-16 en dit, et comment vérifier qu'il est justifié.
